Ça commence je ne sais d'où. Ça part dans tout les sens. Ça me trouble. Tant de plis, de rides et d'ondulations sur la surface de la marre, que l'eau n'a plus la force de refléter aucune image. Aucune... mais si... Les pires cauchemars sont les plus obscures, les moins lisibles, les moins compréhensibles. Là où l'horreur n'a pas de visage. Là où rien n'a plus de visage. Là où on ne se voit plus. Mais qu'on ne qu'à soi avec l'immonde impression que le monde nous regarde. L'état d'âme est une marre qui s'exprime à la surface. Mais c'est là aussi qu'on comprend qu'on perd pied. Trop petit pour tenir debout. Trop faible pour comprendre. Trop déboussolé pour se sentir impuissant. C'est là que le pire arrive : la vague d'eau douce et tiède nous lave le c½ur et le cerveau, pour avec elle tout les résidus de sens qui nous restent. L'impuissance atteint des sommets (même que le désarroi, l'incompréhension, l'affolement, la surprise, le mépris et la pitié de l'entourage physique devient insignifiante et fade, décorative, accessoire, comme un effet accompagnant un phénomène, mais une espèce de théâtralisation absurde et éphémère qui ne vous fait ni chaud ni froid...) Inutile de s'agiter, il vous suffit de rester là à me regarder : rien n'interrompt ma scène. D'ailleurs, je me regarde aussi. Un peu comme à la première personne, un peu à la troisième...
Je ne sais pas si j'ai le courage d'ironiser... Je ne l'ai pas. Finalement, pas. Trop peur des Dieux qui me prennent. Je suis désolé de ne pas pouvoir (pour la énième fois que c'est profondément vrai).
Ça finit je ne sais comment. Ça me laisse en naufragé un peu plus loin. Souvent, je me relève. Je marche un peu. Et je sourie pour avoir survécu, ou peut-être que c'est dans l'attente du prochain orage incertain mais inéluctable que je place un sourire... comme un héro ou un imbécile.
*écrit à la va-vite