Il est très difficile de se retrouver. Se ressaisir. Du poil de la bête, on en sent plus que la poussière. Allergique. On finit par devenir contagieux. Dépressif contagieux. Malédiction. Ne plus pouvoir pousser le bouchon, ne plus voir de bout. Aller au bout de ses peines. Justement, ne pas avoir de soucis fait qu'on stagne. Faire du sur-place, mais vouloir s'évader. Avoir une ligne de mire. Tenir un cap. Viser un horizon. Garder un oeil sur la coque. Mais personne en proue, même pas une sirène. Pas une Barbie. Les filles ont déserté, ou quoi ? J'ai quitté ma dernière barque. Faut dire que ce n'était qu'une jolie chambre-à-air, un radeau pour fuir l'île de la solitude. L'aigle vole seul ; ce sont les corbeaux, les choucas et les étourneaux qui vont en groupe (John Webster). Mais c'est dur d'être un aigle quand on vole avec des dindons... Je ne suis pas un aigle, mais pas un dindon. Je n'aime pas les dindons. Les dindons c'est plutôt tous ces figurants décorativement inutiles qu'il y a tout au tour de nous. Je suis plutôt un pigeon. Je n'aime pas les pigeons, je crois d'ailleurs te l'avoir déjà dit. C'est con. C'est moche. Je ne sais même pas pourquoi Moïse s'est fié à un pigeon. Ce n'en était sûrement pas, ou pas un vrai. Ou c'était la tige d'olivier qui avait guidé le pigeon. Un poisson rouge est plus malin qu'un pigeon, alors que dire d'un oléastre ? L'olivier millénaire symbole de la sagesse, je suppose que c'est parce qu'il en a vu, des choses. Pigeon (ou colombe) symbole de paix et de liberté, je suis sûr que parce qu'il n'y a pas plus niais, ridicule, con, écervelé, maladivement naïf que ces animaux. D'ailleurs, ces être-vivants sont tellement absents qu'on pourrait les assimiler à des légumes. Oui, voilà. Des légumes. J'en connais, des légumes ! Putain, qu'est ce qu'il y en a parmi nous. Non, mais parmi les êtres composants l'humanité, y a des êtres humains pigeons comme moi, des dindons léguminant, des fauves et des rapaces, des charognards enculés par la vie. Comme ça, la théorie de l'évolution se voit un nouveau souffle. Avec elle, mon cynisme dépressif renaît des cendres de mon ennui. Je m'ennuie et j'emmerde tout. J'emmerde de tout et ça m'ennuie. J'emmerde les légumes, les pigeons malgrés que je n'y prête plus tellement attention. J'emmerde les islamistes qui ont réussi à se faire oublier. J'emmerde les gens qui regardent tjrs la télé. La télé, c'est vieux, c'est con et c'est barbant. J'emmerde les vieux qui s'accroche à la vie. J'emmerde les femmes qui accouchent tout en cassant les tympans des autres malades qui -eux- essayent de dormir. J'emmerde les voitures qui mettent du chaâbi à fond. J'emmerde les gens qui pensent que la vie est injuste. J'emmerde les gens qui comptent les morts en Palestine, y en aura tjrs des morts... Alors, pas la peine de compter. D'ailleurs, j'emmerde les gens qui pensent tout court. J'emmerde la guerre, y compris les victimes et les ravisseurs. J'emmerde le temps qui ne s'écoule jamais à la vitesse qu'il faut. J'emmerde c'ui qui a balancé ses chaussures à la gueule de l'autre con, bah oui, il avait qu'à pas le rater, il était à 3 mètres, merde ! Ah oui, j'emmerde aussi tous ceux qui s'approche trop de moi sans invitation. Vivement qu'on comprenne que je suis cardio-actif et qu'on me mette en quarantaine dans cette putain de société... Qu'on comprenne enfin, un jour, que quand je m'emmerde, je vous emmerde.